La Corse, à saisir hors saison

 

Fin de la saison estivale. L’île de beauté se remet à l’heure corse. Non pas qu’elle eût changé durant ces deux mois intenses de marées humaines… La Corse est immuable, intouchable. Mais elle était tout simplement un peu retranchée, en pleine sieste, pour laisser aux saisonniers la possibilité de satisfaire leurs vacanciers. Replongée dans sa douce langueur légendaire, son authenticité revit, respire au rythme de sa nature sauvage, de ses petits villages retranchés, ses cités génoises lovées entre criques et belles plages, et elle vous attend, plus belle que jamais.

 

Texte : Sandrine Moirenc / Olivier Voituriez

Bastia, patrimoine baroque

 

Une petite pluie orageuse, rien de méchant, a mouillé les quais du port de Bastia, comme pour tirer un rideau sur le plein de la saison : la pression retombe. L’île a bien travaillé, elle peut se mettre au vert maintenant, se régénérer et revivre pour elle-même. Les rues de la vieille ville, au-dessus du port, se sont pratiquement vidées, surlignant ainsi l’authenticité d’un patrimoine moyenâgeux plutôt baroque. Derrière un front d’anciennes demeures aux façades assez austères, on s’enfonce dans l’intimité des lieux pour y découvrir un incroyable patrimoine religieux entre ses couvents, ses oratoires, ses chapelles et églises. La plus reconnaissable reste sûrement l’église de Saint-Jean-Baptiste, de style néoclassique, pointant ses deux clochers jumeaux vers le ciel. Il y a aussi l’édifice de Saint-Charles Borromée, délicieusement lové dans les ruelles tranquilles et qui exhibe son imposante façade baroque jaune. Tout autour, les échoppes étalent leur savoureux terroir de caractère : les fromages et charcuteries corses, ses vins, ses douceurs. Sur le promontoire dominant le vieux port trône le fameux palais des gouverneurs, exemple unique de forteresse génoise palatine en Méditerranée. Et puis n’oublions pas la place Saint-Nicolas, l’une des plus grandes places de France, le centre de vie de Bastia.

Saint-Florent, le Saint-Trop' corse

 

Entre Bastia et Saint-Florent, sous la douce lumière du matin, la petite route sinueuse mêlant encore embruns du grand large aux senteurs îliennes nous plonge dans la rêverie. Il fait bon. L’âme est à l’aventure, au bucolique. La Corse ouvre tous ses chemins de traverses, ceux qui mènent droit à son âme. Saint-Florent et sa citadelle se découvrent dans une lumière déclinante. Celle que l’on nomme le "petit Saint-Trop' corse" nous offre son joli port de plaisance et ses terrasses accueillantes pour une soirée reposante, inoubliable.

Cap Corse, un doigt d’Eden à l’état brut

 

Au-dessus de Saint-Florent : le Cap Corse, le "doigt" de l'île de beauté. C’est peut-être l’endroit le plus accidenté de Corse avec ses montagnes qui dégringolent dans la mer et sa route de corniche qui en fait le tour, distribuant çà et là ses petits villages et marinas et ses pittoresques ports de pêche. L’après-saison est vraiment très calme par ici, idéal pour les âmes solitaires qui veulent partager des moments tout de même privilégiés avec les autochtones, pêcheurs et restaurateurs conviviaux. C’est ici également que se révèle plus du tiers des fameuses tours génoises qui arpentent le littoral corse.

Les Agriates, le seul désert européen

 

Le périple se poursuit sur la côte ouest assurément la plus sauvage. C’est d’abord le désert des Agriates qui s’annonce : 16000 hectares qui furent l’ancien grenier à blé de la république de Gènes, un paradis blanc flirtant avec des eaux turquoise : des plages de rêve ! Cet univers unique fait d'un maquis aride, de roches de granit et de crêtes rocheuses est le seul désert européen. Un décor chaotique qui foisonne pourtant de vie animale et végétale, de quelques cours d’eau et petits lacs, et accessoirement de randonneurs téméraires bien récompensés toutefois par cette beauté vierge où le temps semble s’être définitivement arrêté.

 

L'Île Rousse, agréable station balnéaire

 

Un peu plus loin L'Île Rousse se dessine protégée par l’imposant massif rocheux de l’île de la Pietra où se niche son port. La ville a été fondée en 1958 par le corse Pascal Paoli pour concurrencer Calvi, la Génoise. Aujourd’hui elle est le troisième port de l’île en matière de trafic. C’est aussi une agréable station balnéaire familiale. Dès votre arrivée, allez flâner à l’ombre des platanes de la place Paoli, prenez le temps de boire une Pietra (la bière locale) à la terrasse d’un café, avant d’aller faire vos courses au marché des vingt-et-une colonnes (le matin) ou de déambuler dans les artères commerçantes de la vieille ville. Longeant une longue plage de sable fin où s’égrènent bars et restaurants, la promenade de la Marinella est un enchantement. À proximité, les amateurs de botanique iront visiter le parc de Saleccia. Mis en scène par un paysagiste, ce jardin de sept hectares est le reflet de la végétation corse et méditerranéenne.

Calvi, la Génoise

 

Calvi, justement, est l’étape suivante. Nous arpentons la ville basse et son agréable port, bardé de terrasses de cafés et de restaurants, ses vieilles rues du centre, pour quelques emplettes. L’oreille nous guide jusqu’à l’église baroque Sainte-Marie-Majeure d’où s’échappent les polyphonies d’une chorale, distillant toute la profondeur et l’authenticité de cette terre bénie. Depuis la citadelle, nous profitons du coucher de soleil pour découvrir un paysage sublimé, entre mer et montagnes. Ses rues pavées nous mènent jusqu’à l’oratoire Saint-Antoine et la caserne Sampiero, l’ancien palais des gouverneurs, deux superbes monuments. La citadelle abriterait même la maison de Christophe Colomb… Selon les rumeurs, le Génois aurait été natif de l’île de beauté.

Les villages de Balagne, authentiques bijoux

 

Le lendemain, ce sont les villages de Balagne et leur amphithéâtre montagneux qui alimentent l’ivresse de notre périple. D’abord Lumio, village lumineux posé sur les flancs du Capu d’Occi et ouvert sur le golfe de Calvi. La balade se poursuit jusqu’à Aregno et ses vergers en restanques, foisonnant d’orangers, de citronniers et d’oliviers. Les murs polychromes de l’église romane de la Trinité et de San Giovanni - datant du XIIe siècle - représentent une véritable curiosité, avec motifs à figures humaines ou animales. Les villages de Balagne sont d’authentiques bijoux résistant à l’épreuve du temps. Décorés de nombreuses petites chapelles, ils distillent le cœur de la Corse à travers leurs ruelles étroites et leurs petites placettes, leurs fontaines gargouillantes et leurs bancs de pierre sur lesquels les vieux sages refont le monde dans leur langue natale. San Antonino, cul-de-sac haut perché, est sûrement l’un des plus beaux villages de Balagne. D’ici, la vue est époustouflante : un cirque de 360° révélant, dans une ronde enivrante, la mer, les montagnes et les villages de la région. Côté village, le promeneur y perdra également ses sens en déambulant dans ce labyrinthe de pierres sèches s’élevant quelquefois en maisons, s’étalant en calades, ou encore, s’édifiant en voûtes sobres et majestueuses. Pigna, adulé pour ses fantastiques couchers de soleil, regorge de vie artisanale. Poteries, gravures, boîtes à musique et eaux-fortes naissent et s’expriment entre les mains d’artisans, toujours disponibles, pour entamer de passionnantes conversations. Dernière étape, à Corbara, un village perché sur le monte Guido. Nous profitons encore du superbe panorama sur Île Rousse et son littoral.

La réserve de Scandola, merveille du monde

 

Plus au sud, c’est la réserve de Scandola. Un incroyable décor naturel et préservé se dresse devant nous : ces titans de roches rouges, couronnés par le survol permanent d’oiseaux de mer, sont un magnifique résidu d’éruption volcanique classé parmi les plus belles merveilles du monde par l’Unesco. Nous empruntons un bateau promenade, depuis Porto, pour une immersion dans ce divin chaos géologique, nous offrant une balade de privilégiés, au cœur du sublime, à un moment de l’année où l’essentiel du tourisme a lâché prise. La brutalité de sa beauté nous fascine. Calme et tranquillité, sous la douce brise marine.

Ajaccio, la cité de Bonaparte

 

La route continue, bordant les impressionnantes falaises ocre de Piana, pour redescendre vers Ajaccio. La cité de Bonaparte étale ses traditions culinaires, tous les matins, sur le marché du square Campinchi. On se laisse séduire par les senteurs et les couleurs, autant que par les discours animés des maraîchers qui vous initient aux secrets de leur terre, dans la plus grande amicalité. Un peu plus bas sur la route, les belles plages de sable blond de Porticcio se distribuent en petites criques, bien agréables pour une halte baignade.

Propiano, au rythme des saveurs locales

 

Propiano, l’étape suivante, se révèle le temps d’un coucher de soleil depuis la terrasse du restaurant Nina, qui domine le port. Ici, la Corse se déguste au rythme des saveurs locales. La Corse se réveille, prend le temps. Le paysage défile, et grand privilège, à son propre rythme ! A quelques enjambées de là, la longue plage de Campomoro n’a plus que quelques bateaux de locaux, de septembristes, à qui donner la réplique, et personne ne s’en plaint ! Dans la douceur du petit matin, quelques longueurs dans l’eau prolongent ce petit bonheur d’ermites.

Sartène, la cité la plus corse de Corse

 

Puis direction plein sud ! Nous découvrons Sartène, la cité la plus corse de Corse, le temps de se balader dans les traverses médiévales du vieux centre, avant de redescendre vers la côte. On passe l’éternel lion de granite qui trône au-dessus de la belle plage argentée de Roccapina. Les grosses chaleurs sont passées, mais l’appel des eaux turquoise reste irrésistible.

Le phare de Senetosa, évasion intime

 

Depuis le petit village de Tizzano, au sud-ouest de Sartène, le sentier du littoral longe mer et criques d’un côté et maquis épais de l’autre, pour une heure et demie de balade inoubliable jusqu’au phare de Senetosa. Avec une bonne carte, de l’eau, et en suivant le balisage, le périple est vraiment unique : il prend des allures de "seul au monde" dans un paysage naturel éblouissant. Eau turquoise, plage léchée de genévriers, rochers sculptés au gré de la mer et du vent, bruissement du maquis enivrant, le tout généreusement réchauffé par un soleil enfin démasqué. Et puis, c’est le phare qui se dresse, tour de lumière veillant sur les âmes de capitaines et matelots errants. Coiffé d’une grande coupole noire, il nous toise et impressionne du haut de ses 15 mètres, 100 mètres au-dessus de la mer. A vingt minutes à pied, au-dessus, on rejoint la tour génoise de Senetosa qui offre également un joli panorama.

Bonifacio, pointe sud

 

Nous atteignons les falaises de la pointe sud coiffées par Bonifacio. Nous nous y échouons pour se régaler de la spécialité du coin : un bon plat de pâtes aux langoustes ! On apprécie la petite brise marine, le teint hâlé par le soleil, une petite laine sur les épaules. En longeant le port vers la citadelle, nous grimpons vers le vieux centre pour découvrir son patrimoine, ses curiosités, le panorama sur le phare de Pertusato et les bouches de Bonifacio. En traversant la place Montepagano, on arrive bientôt aux escaliers du Roy d’Aragon : 187 marches taillées à pic dans la falaise jusqu’à la mer. Selon la légende, cette impressionnante diagonale aurait été creusée en une nuit par les soldats du Roy lors du siège de 1420.

Les superbes plages de Porto-Vecchio

 

La côte orientale se profile alors, une belle ligne droite vers Bastia avec quelques ricochets sur la plage de Rondinara, l’une des plus belles de Corse, et sur les superbes plages de Porto-Vecchio. Quelle direction choisir ? 12 km au sud ou 12 km au nord de la cité animée ? Le dilemme est cornélien ! A moins que l’on ait le temps de se poser sur ces deux confettis de paradis blanc au sable doux et qui ont la réputation de faire partie des plus beaux spots des îles de la Méditerranée. Ce serait dommage de ne pas en profiter, après la haute saison, quand le raz-de-marée humain a cessé, finalement, de concurrencer l’immense étendue azurée. Au sud, la plage de Palombaggia, longue de trois kilomètres, avec ses dunes ombragées par les pinèdes, est une oasis de tranquillité. Au nord, la baie de San Cyprianu s’étire dans un paradis vierge dons la bande de sable fin surligne la frontière entre des eaux bleues à l’indécente transparence et un maquis végétal presque impénétrable !

Dernière trempette à Solenzara

 

Enfin, nous décidons d’une petite incursion, depuis le village de Solenzara, en direction du col de Bavella pour une trempette dans la rivière de Solenzara, une incroyable eau douce aux reflets émeraude. Et tout cela rien que pour soi !

Comment aller en Corse ?

 

La compagnie italienne Corsica Ferries assure 30 traversées par jour entre le sud-est de la France, l’Italie et la Corse, de jour comme de nuit. La durée du voyage varie entre 5h et 6h45 selon les points de départ et d’arrivée, selon les ferries, dont certains sont express. Il y a bien sûr la possibilité de réserver une cabine pour les traversées de nuit. Les départs du sud-est de la France : de Nice vers Ajaccio, Bastia, Calvi ou Île Rousse. De Toulon vers Ajaccio, Bastia ou Île Rousse. Inversement pour le retour. Sachez que l’on peut réserver en ligne. Pour les tarifs et différents horaires : www.corsica-ferries.fr.

 

Les autres compagnies :

 

Corsica Linea : www.corsicalinea.com
La Méridionale : www.lameridionale.fr
Moby Lines : www.mobylines.fr

 

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