Pays Basque Espagnol, verdoyante Euskadi

De Bilbao à San Sebastian, le pays basque espagnol surprend par sa variété et sa richesse. Montagnes et vallées verdoyantes, côtes rocheuses découpées et vigueur atlantique composent cette terre au caractère affirmé, ponctuée de ports et de cités actives et accueillantes. (Par Olivier Voituriez)

L’Espagne par la Bretagne

Pour filer en Espagne, le plus simple est peut-être de gagner la pointe de la Bretagne, curieux ? Pas tant que ça ! Au port de Roscoff, en pays léonard, la compagnie maritime Brittany Ferries propose une liaison hebdomadaire entre le Finistère nord et Bilbao, capitale de la province basque de Biscaye. Cette offre associe l’utile à l’agréable : éviter une longue route pour traverser la France du nord au sud et profiter de tout le confort à bord du bateau le Cap Finistère. Elle permet surtout d’aborder en pleine forme, et en moins de 24 heures de traversée, les verdoyantes côtes du Pays Basque Espagnol. Après une nuit de repos, l’approche du littoral basque et du port de Bilbao au petit matin donne immédiatement la mesure du pays que l’on va découvrir : un relief accidenté aux côtes rocheuses escarpées où s’imposent collines et montagnes, formant un arrière-plan impressionnant. Et partout du vert, multipliant les différentes palettes chromatiques, entre vert amande, vert bouteille et vert sombre.

En Euskadi, communauté autonome basque espagnole

Un premier constat s’impose : cette Espagne Atlantique, si souvent arrosée par les pluies venues du grand large, n’a décidément pas grand-chose à voir avec les plateaux arides de la Castille ou la douceur méditerranéenne de la Costa Brava. À côté de ces différences climatiques et géologiques s’ajoutent les particularités historiques et politiques tenaces : nous sommes en Espagne certes mais aussi en Euskadi, communauté autonome basque espagnole, comprenant trois provinces : Biscaye, Guipuscoa et Alava. À cette entité géographique, dont la capitale est Vitoria-Gasteiz, s’ajoutent d’autres provinces basques en Espagne telle la Navarre. Sans oublier le Pays Basque Français. Bien que divisés en différentes provinces, et n’ayant jamais été réunis au sein d’un royaume ou d’un État centralisateur, les Basques sont fiers de leur passé, de leur culture et de leur langue. Langue officielle d’Euskadi, au même titre que le castillan, le basque est enseigné à l’école. Et les panneaux routiers qui rythment l’autoroute 2x3 voies qui mène depuis le port jusqu’au centre-ville de Bilbao sont dans les deux langues. Une signalisation bilingue que l’on retrouvera partout sur nos chemins de découverte en terre basque.

Bilbao, entre atmosphère ibérique et influence anglaise

Capitale de la province de Guipuscoa (Guipuzcoa en basque), Bilbao est une grande ville bigarrée qui s’étend sur les flancs de sa ria, petit fleuve maritime qui pousse cette grande ville de 350 000 habitants jusqu’à la mer. Lovée dans un méandre du bras d’eau, vivant au rythme des marées, la vieille ville compose un attachant ensemble hétéroclite où se combinent l’atmosphère ibérique des ruelles en damier et des placettes du centre-ville ancien et l’influence anglaise des opulents immeubles construits au XIXe siècle lors de la florissante époque des aciéries et des constructions navales.

Bilbao et les architectes

Plus récemment, la ville de Bilbao s’est parée d’emblématiques bâtiments contemporains réalisés par les plus prestigieux architectes internationaux. Le plus connu étant le scintillant Musée Guggenheim conçu en 1997 par l’architecte américain Frank Gehry. Abritant une exceptionnelle collection d’art contemporain, ce bâtiment aux rondeurs recouvertes de plaques de titane, est le symbole de la renaissance de Bilbao, ville durement frappée par le déclin économique post-industriel. Pour faire face aux fermetures des usines, à la crise qui frappait les habitants, la municipalité de l’époque prit une décision des plus audacieuses : réaménager la ville et reconvertir les friches industrielles en misant sur la culture, le tourisme et l’ouverture au monde. Pour redevenir belle et attrayante, Bilbao fit appel aux grandes signatures de l’architecture et rénova son centre-ville à coups de millions d’euros. Faire venir la fondation Guggenheim à Bilbao coûta 130 millions d’euros à la municipalité. Faisant face aux polémiques et montrant une rare détermination pour son projet visionnaire, le maire de l’époque : Inaki Azkuna réussit son pari fou.

Bilbao, destination très attractive

Bilbao est aujourd’hui une destination très attractive où le visiteur trouvera toutes les possibilités pour passer un merveilleux séjour : vieilles pierres, maisons anciennes des ruelles ombragées, larges avenues de la ville XIXe, bars à la mode et restaurants de qualité, boutiques, marchés proposant les succulents produits locaux, infrastructures modernes, visites culturelles de grande qualité et architecture ultra-contemporaine. Plusieurs villes, plusieurs ambiances cohabitent à Bilbao où l’on peut tout faire à pied, à moins que l’on ne préfère le tramway. Parmi les rendez-vous incontournables : l’Azkuna Zentroa est l’un des meilleurs exemples de la métamorphose de Bilbao. Après un incendie qui ravagea les anciens chais construits au XIXe siècle, l’intérieur des bâtiments fut entièrement repensé sous la houlette du designer français Philippe Starck. C’est aujourd’hui un centre culturel qui héberge bibliothèque, cinémas, salle de sport, et une piscine sur le toit. À l’instar de Starck, Bilbao est pour les grands architectes du monde entier une étape quasi obligatoire où ils doivent imprimer leur marque, comme l’a fait l’espagnol Calatrava avec sa passerelle ajourée sur la ria : le Zubizuri, ou le japonais Isozaki avec ses tours jumelles Atea.

Le plein de sensations

Mais Bilbao ne se mesure pas qu’à l’épanouissement de l’égo des "starchitectes célèbres". Le cœur de la ville bat son plein sur les quais de la ria, autour de l’église Saint-Nicolas et de l’ancien quartier des pêcheurs, égayé par les chatoyantes vitrines des commerces et des restaurants. Ambiance et charme garantis autour de la cathédrale Saint-Jacques (XVe – XVIIe siècles), et le long des 7 calles, les ruelles du quartier historique où la façade des immeubles est éclairée par les bow-windows et les couleurs pétaradantes de bonne humeur. Sans oublier l’étape savoureuse au grand marché de La Ribera, véritable festival pour les sens avec ses échoppes où s’accumulent jambons ibériques, poissons frais de l’Atlantique et bars recouverts de pinxos, délicieuses spécialités de toutes tailles et de toutes saveurs à manger sur le pouce.

L’appel de l’océan et du littoral

Le plein de sensations urbaines faites, il vous faut répondre à l’appel de l’océan et du littoral, des vallées et des montagnes. Prenez la route des vacances, qui passe par les lacets sinueux qui bordent la côte découpée. Les perspectives sont magnifiques des deux côtés, que ce soit vers l’intérieur des terres avec ces petites montagnes (dont le point culminant ne dépasse pas les 1500 mètres d’altitude), ou les fascinants panoramas sur la Côte Atlantique. Les points de vue sont vertigineux, comme sur la route qui se faufile au-dessus des falaises du Cap de Matxitxako. La somptueuse route de corniche (BI 3101 puis BI 223 5) passe au-dessus du port de pêche de Bermeo où les chalutiers amarrés prouvent que la grande tradition des pêcheurs basques est toujours très active. Les alentours de la Ria de Urbaïda donnent au paysage marin un aspect plus doux, mais tout aussi envoûtant.

Guernica, ville martyre

Longez les rives du fleuve marin et enfoncez-vous dans les terres jusqu’à Gernika-Lumo. Mondialement connue sous le nom de Guernica, cette ville martyre fut bombardée par l’aviation allemande et italienne le 26 avril 1937, au plus fort de la terrible guerre d’Espagne. C’était il y a 80 ans. Malgré les destructions massives, cette riche bourgade de l’intérieur des terres a conservé sur ses hauteurs un bel ensemble patrimonial où s’imposent les remarquables bâtiments qui accueillaient les Fueros, assemblée locale traditionnelle.

Le stupéfiant panorama de la côte basque

Puis retrouvez la jolie route qui file dans la vallée pour regagner la côte basque. Ici, la force de la houle et des rouleaux venus de l’Atlantique offre aux surfeurs du monde entier des spots très réputés. Pour prolonger votre périple basque, vous aurez le choix : soit de longer la route sinueuse qui borde la côte, soit d’emprunter l’autoroute, toujours à proximité du littoral, avec ses nombreuses sorties. L’un comme l’autre vous conduiront aux escales qui nous ont tant charmés. Ainsi, le fascinant mur de falaise de schiste qui s’étend sur 8 km depuis Deba en direction de Zumaia. Cette dernière présente un double visage : le port côté est et la plage d’Itzurun à l’ouest. C’est dans ces spectaculaires paysages où la roche plonge dans la mer que furent tournées certaines scènes de la saison 7 de Game of Thrones.

Getaria, le meilleur endroit pour manger du poisson frais

Poursuivez sur la N-634 pour atteindre Getaria. Nichée dans une presqu’île rocheuse en forme de souris (El raton), cette jolie ville médiévale est un port de pêche actif. Avec sa vingtaine de restaurants, Getaria est le meilleur endroit pour manger du poisson frais. C’est ici qu’en 1895 naquit dans une modeste famille de pêcheurs : Cristobal Balenciaga, célèbre couturier qui allait habiller après-guerre les plus belles femmes du monde, les reines d’Espagne et de Belgique, la Princesse Grace de Monaco, la Duchesse de Windsor... Sur le chemin littoral, une escale à Zarautz permettra aux amateurs de plage de profiter de cette petite station balnéaire avec un front de mer très animé par beau temps.

San Sebastian, le tout petit Paris

Vous voilà arrivé à San Sebastian. Appelée Donostia en basque, la capitale de la province de Guipuzcoa séduit par son cadre élégant et décontracté baigné par les eaux de l’Atlantique. L’ambiance n’est pas du tout la même qu’à Bilbao. Alors que l’industrieuse Bilbao fut très liée à l’Angleterre, c’est l’influence française que l’on ressent le long des avenues arborées du centre-ville bordées d’immeubles en pierres claires ou aux abords du front de mer avec ses hôtels et ses villas chics. San Sebastian, à quelques kilomètres seulement du pays basque français et de Biarritz, connut la célébrité à la Belle Époque lorsque la reine d’Espagne Maria Christina, tombée amoureuse des lieux, choisit d’en faire sa villégiature favorite. Surnommée le "tout petit Paris", cette cité de 190 000 habitants s’enroule autour la plage de la Concha aux rondeurs parfaites. San Sebastian, surnommé la perle de la mer Cantabrique, reflète l’art de vivre en bord de mer, dans une ville active et à taille humaine, où s’associent patrimoine, culture, gastronomie et tourisme.

Au sommet du Monte Igueldo

Pour découvrir d’un regard cet ensemble harmonieux, grimpez au sommet du Monte Igueldo. Le panorama sur la baie est exceptionnel avec ses deux plages de sable fin, ponctué par le palais royal de Miramar de la reine Maria Christina, reconnaissable par son style cottage anglais. De l’autre côté de la Concha se profilent le Monte Urguel (Mont Orgueil) et le quartier de Gros, aujourd’hui à la mode. L’ensemble forme le cadre d’un somptueux amphithéâtre naturel avec les montagnes en décor. Faites la jolie balade perchée sur le Monte Igueldo, avant de descendre vers le centre. Musardez alors dans le centre-ville au chic aristocratique, entre la place de Guipuzcoa et le palais de la Diputacion, oasis de verdure dans la ville, traversez le pont Maria Teresa (réplique rococo du pont Alexandre III à Paris), longez les quais de la rivière Uruméa qui file vers la mer, puis suivez les ruelles piétonnes du quartier ancien : parte Viejà qui conserve intact son charme ibérique. Autour de l’église baroque Santa Maria, les occasions sont trop fortes pour résister à la tentation de s’arrêter dans l’un des nombreux bars pour goûter une nouvelle fois aux merveilleux pinxos qui garnissent les comptoirs accueillants.

Et pour la suite du voyage ?

Vous avez alors le choix de poursuivre en direction de la frontière française, à 30 kilomètres à l’est, pour découvrir le versant français du Pays Basque, ou de repartir vers l’ouest pour une nouvelle plongée dans l’univers divers et surprenant de l’Euskadi. Avec, à Bilbao ou à Santander, la possibilité de reprendre le bateau pour la traversée retour du golfe de Gascogne et revenir en France. À vous de voir…

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