Le Marais Poitevin, en remontant le cours de la Sèvre Niortaise

Il faudrait plutôt dire les Marais Poitevins tant les paysages, de part et d’autre de la Sèvre Niortaise depuis l’Océan Atlantique jusqu’à Niort, offrent des aspects bien différents et néanmoins indissociables. (Par Annette Soumillard)

Tout commence dans la Baie de l’Aiguillon

Conquis sur la mer et aménagé par l’homme depuis plus de dix siècles, ce territoire de plus de 100 000 hectares dans sa globalité, qui occupe l’ancien golfe des Pictons et vagabonde sur les départements de la Charente-Maritime, de la Vendée et des Deux-Sèvres, est en réalité triple : “maritime” en pourtour de la Baie de l’Aiguillon, “desséché” dans les vastes étendues de terres, polders gagnés sur l’océan et, plus à l’est, “mouillé” dans la zone du marais servant de réservoir en cas de sécheresse. C’est la “Venise Verte”, si pittoresque, appelée ainsi du fait de son dédale de canaux noyés dans la verdure. Tout commence dans la Baie de l’Aiguillon, à quelques encablures de La Rochelle. La Sèvre Niortaise y rencontre l’océan et le mélange d’eau douce et d’eau salée a favorisé le développement de la mytiliculture, dont les origines remontent au Moyen Âge. Au creux de la baie, le petit port du Pavé à Charron abrite les bateaux des mytiliculteurs qui attendent la marée. Au large, on devine les parcs et leurs alignements de piquets (les bouchots) où ils récoltent les moules de mai à décembre et dont on se régale dans les petits restaurants de pêcheurs de Charron et d’Esnandes.

 

Une histoire et un mode de vie unique

Au-delà de Marans, vous sillonnerez des paysages incroyablement plats, domaines de grandes cultures semblant tassés sous le ciel. Le regard ne bute que sur quelques rares bouquets d’arbres, plantés en bordure de bouchures, ou sur les clochers des villages aux maisons basses. Tels celui de Maillé et celui de l’abbaye millénaire de Maillezais, dressée en majesté sur une ancienne île et surplombant les canaux creusés par les moines, aux portes du marais mouillé. C’est aussi là que commence le changement brutal de paysage. Le “fouillis” d’arbres du marais mouillé de la Venise Verte annonce un tout autre univers : un dédale de “conches” (canaux) tout à fait fascinant, que l’on sent tout proche, derrière les rangées de peupliers et de frênes têtards qui les bordent, composant un impressionnant labyrinthe aquatique où l’on cultivait, autrefois, une histoire et un mode de vie unique.

Exploration en barque

De jolies routes pénètrent au cœur de ce milieu étonnant, via Sainte-Christine ou Saint-Sigismond puis Le Mazeau. Jusqu’au siècle dernier, les routes étaient rares dans la région et les habitants du marais n’y circulaient qu’en barque. Aujourd’hui, hormis quelques exceptions, ces “bâtais”, appelées aussi “plates”, servent à promener les visiteurs du marais. Menées à la rame ou à la pigouille (une longue perche), elles se fraient un chemin en glissant sur les tapis de lentilles d’eau qui sinuent entre des rangées d’arbres épais, ne laissant apparaître le ciel qu’en de rares endroits. L’exploration en barque est, bien sûr, le moyen le plus approprié pour la découverte du marais mouillé. La région ne manque ni d’embarcadères (chaque village à son port) ni d’embarcations.

L’histoire du Marais

Rejoignez Arçais, en passant par Irleau, où les barques vous attendent sur un large quai pavé au pied du château, et embarquez-vous avec un maraîchin qui vous contera l’histoire du Marais. Et notamment l’intense trafic des plates autrefois, qui transportaient les vaches, le lait, l’osier, les fagots de frêne, le vin et d’autres marchandises jusqu’à Marans, pour revenir chargées, entre autres, de bois de chêne et de pierres de taille pour la construction des maisons.

Coulon, petite capitale de la Venise Verte

Ensuite, pour parfaire vos connaissances, prenez la D102 puis la D123 qui remonte la Sèvre Niortaise et rendez-vous à la Maison des marais mouillés à Coulon, petite capitale de la Venise Verte. Cet écomusée installé dans l’ancienne maison de la Coutume, où était autrefois perçu le péage dont s’acquittaient les bateaux circulant sur la Sèvre, retrace toute la vie et l’histoire du marais. Profitez-en aussi pour vous promener à pied sur les quais de Coulon avant de partir à la découverte d’autres villages.

Des villages paisibles et authentiques

Moins fréquentés et plus authentiques, il y a La Garette, typique du marais mouillé avec ses maisons à double accès : le premier sur la rue, le deuxième sur l’eau. Puis, Le Vanneau, où il y a bien un port mais pas de bateaux pour touristes, les habitants préférant préserver la quiétude de cet endroit si paisible. Idem à Saint-Georges-de-Rex, un peu plus au sud, où l’on découvre pas moins de quatre magnifiques lavoirs et, sur une petite place, le restaurant Bleu Tilleul qui fait aussi office de bar, d’épicerie et de dépôt de pain.

Damvix, partie sauvage du Marais

De là, quelques petits kilomètres vous séparent de Saint-Hilaire-la-Palud où vous abandonnerez votre véhicule pour parcourir, à vélo ou à pied, la partie la plus sauvage et la moins connue du Marais Poitevin, par les nombreux chemins qui remontent en direction de Damvix. Rien de tel pour en savourer toute l’ambiance et le mystère, à condition, toutefois, de vous munir d’une carte bien détaillée, car il n’est rien de plus facile que de se perdre dans cet espace hors du temps, inextricable lacis de fossés, de canaux et de rigoles, où le soleil joue à cache-cache avec les dômes verdoyants d’une végétation toujours plus exubérante.

Notre sélection de campings

Affichage :
33 camping(s) trouvé(s)