Luberon, la Provence hisse ses couleurs

Entre Alpes et Méditerranée, le Massif du Luberon étire ses rondeurs et ses plateaux aux pentes douces sur une soixantaine de kilomètres entre Cavaillon dans le Vaucluse et Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence. Pour le découvrir, il faut prendre son temps, flâner le long de ses petites départementales et savourer ses superbes paysages contrastés, jalonnés de villages perchés parmi les plus beaux de Provence. (Par Annette Soumillard et Marc Grenet)

Grand Luberon et Petit Luberon

Il y a deux, ou plutôt trois Luberon : le Grand Luberon, à l’est, aux formes arrondies culminant à 1125 mètres au Mourre Nègre. A l’ouest, le Petit Luberon, plus bas mais plus escarpé. Et le Parc Naturel Régional du Luberon, dépassant largement le cadre de ces massifs qui ne sont séparés que par une petite rivière : l’Aiguebrin. Au vu d’une simple carte, on pourrait croire qu’il suffit d’une journée pour découvrir cette région, tant elle semble petite. Pourtant, une fois sur le terrain, on s’aperçoit très vite qu’il faut plusieurs jours pour emprunter ses petites routes qui serpentent tranquillement dans les garrigues et savourer les richesses de ses multiples curiosités. À commencer par celle de ses paysages, d’une incroyable diversité de reliefs et de couleurs, mais aussi de ses villages connus et moins connus, dont cinq sont classés “plus beaux villages de France” : Gordes, Roussillon, Ménerbes, Lourmarin et Ansouis. Souvent haut perchés, parfois fortifiés, ils témoignent d’une histoire ancestrale tourmentée. Mais, aujourd’hui, c’est avec sérénité qu’ils rayonnent au cœur d‘un espace généreux, multipliant les horizons.

Gordes, vedette du Luberon 

L’un des plus célèbres et des plus beaux villages du Luberon, mais aussi des plus fréquentés, est sans doute Gordes qui, lorsqu’on le découvre depuis la route, enroule ses maisons de pierres blanches et grises chauffées de soleil autour d’une colline rocheuse où trônent l’église et le château. En saison, il faut arriver de bonne heure pour pouvoir y stationner avant de partir à pied (comme dans la majorité des villages du Luberon) explorer les ruelles pentues de la ville haute, découvrant çà et là des voûtes de pierres plates, de vieilles maisons en terrasse superbement restaurées, et constater que sa notoriété n’a pas altéré sa beauté !

Remarquable ensemble de bories

En contrebas de Gordes, il ne faut pas manquer le village des Bories : un remarquable ensemble de cabanes en pierres sèches, regroupant une vingtaine d’habitations construites sans mortier ni eau, entre le XIVe et le XIXe siècles, fondues dans un décor d’oliviers et de garrigue, constituant le plus grand groupement connu de bories. Restauré dans les années 1970, il nous apparaît tel qu’il était lorsque ses habitants l’abandonnèrent, il y a plus de cent ans. La balade jusqu’aux bories est très agréable et ce site unique vaut vraiment le coup.

L'abbaye de Sénanque, à couper le souffle

Avant de quitter Gordes, il ne faut pas manquer non plus de faire un crochet par l’abbaye de Sénanque. Depuis les hauteurs de la D177 qui surplombe en corniche le vallon qui l’enserre, la vue presque aérienne sur cette abbaye cistercienne du XIIe siècle, l’une des trois que compte la Provence, est à couper le souffle : trois coupoles superposées sur un long bâtiment de pierre blonde, perpendiculaire aux striures du champs de lavandin qui la borde, sublime en juillet quand il est violet. Là encore la route est en sens unique. Le retour sur Gordes s’effectue par la D15 qui offre quelques beaux emplacements pour pique-niquer au cœur de superbes paysages.

Roussillon, sur la route des ocres

À quelques kilomètres de là, le village de Roussillon, autre vedette du Luberon, nous plonge dans son univers surprenant de couleurs. Bâties sur un immense rocher rouge, ses maisons aux façades badigeonnées d’ocre déclinent, en une belle palette, celles des falaises rouges et or qui les entourent. Cet endroit est certainement le plus inattendu et le plus spectaculaire du Luberon, d’autant qu’il est rare que l’exploitation par l’homme d’un site naturel le valorise à ce point. Pourtant le paysage que nous découvrons ici, successions de falaises, de cirques et de pics noyés dans les pinèdes verdoyantes, est bien dû à l’extraction de l’ocre depuis plus de deux cents ans, la pluie et le vent parachevant l’œuvre finale. Porté par la magie des lieux, il n’y a plus qu’à trouver une place de stationnement dans les parkings en bas du village (le lieu est très fréquenté dès les premières heures de la journée) et déambuler dans les ruelles étroites de Roussillon pour admirer les façades colorées des maisons, avant d’arriver au Val des Fées, tout près du centre du village, où le sentier des ocres, bien balisé et jalonné d’informations, vous conduit à travers les anciennes carrières à ciel ouvert, métamorphosées en cirques incandescents. Pour en savoir plus sur les ocres, vous pourrez aussi visiter le Conservatoire des Ocres et des Pigments Appliqués, installé dans une ancienne usine, qui permet de comprendre le travail de ces pigments pour le bâtiment et la décoration.

Rustrel, Colorado provençal 

Roussillon n’offre pourtant qu’un modeste aperçu du territoire des ocres. Considéré comme le plus grand gisement ocrier du monde, il s’étend sur une trentaine de kilomètres à l’est, jusqu’aux environs du village de Rustrel où les falaises du Colorado provençal se déploient sur plus de 30 hectares en une débauche de formes et de couleurs : des bancs de calcaires blancs surmontent les strates d’ocres, aux teintes nuancées allant du rouge carmin au jaune d’or, en passant par toute une gamme d’orangés et de bruns. Au lieu-dit de Bouvène, deux sentiers pédestres (Cheminées des fées et Sahara) vous guident dans ces impressionnantes successions de falaises, de cirques et de pics que l’on découvre, sans cesse renouvelées sous les rayons changeants du soleil. Vu le prix du parking, nous vous conseillons de vous y rendre en fin d’après-midi : après 18h il n’y a plus de gardien pour vous faire acquitter ce droit d’entrée et le site (lui aussi envahi de touristes en journée) retrouve un peu de son calme et de son ambiance fascinante.

En Pays d’Apt

Après ces premiers jours passés en Pays d’Apt, il sera temps de vous rendre dans cette cité provençale, véritable carrefour du Nord Lubéron. Connue pour ses faïences et ses fruits confits, Apt est avant tout une ville étape commerçante qu’il faut découvrir le samedi, jour du grand marché provençal, lorsque les senteurs d’estragon, de thym, de sarriette et de romarin embaument les ruelles piétonnes de la ville. Bien entendu, on y trouve également toutes les denrées alimentaires courantes et les produits de l’artisanat local. Si vous décidez d’y faire votre marché, arrivez de bonne heure pour avoir une chance de trouver une place de stationnement. En effet, le marché d’Apt est un des plus grands de Provence et, à ce titre, draine une foule considérable quelle que soit la saison.

Coupés du reste du monde

Vous quitterez Apt par la D48 passant par Saignon, superbe sur son éperon rocheux, avant d’emprunter la D232 qui traverse les beaux paysages du plateau des Claparèdes, en direction de Bonnieux. Vous trouverez d’ailleurs un parking ombragé, avant le croisement de la route de Buoux, pour pique-niquer et/ou faire une belle balade dans la garrigue environnante. Ensuite, vous pourrez rejoindre, par la D943 ou par la D113, le fort de Buoux, ou tout du moins les ruines de ce fort médiéval de défense, situé dans le cadre sauvage du vallon de l’Aiguebrin. Une fois que vous aurez visité le fort, bifurquez en direction de l’auberge des Seguins, en contrebas. Là, au bout de la route qui se termine par quelques hectomètres de chemin empierré, vous pourrez déjeuner dans un cadre exceptionnel : celui d’impressionnantes falaises de grès calcaire qui servaient déjà de refuges aux hommes préhistoriques. De nos jours, elles sont surtout fréquentées par les mordus d’escalade. Ici, le temps d’une pause, vous vous sentirez coupés du reste du monde.

Bonnieux, un village labyrinthe

De retour sur la D943, vous ne serez qu’à quelques kilomètres du village de Bonnieux qui apparaît, au détour d’un virage, comme un gros chat lové sur un rocher. Ceinturé de cultures en terrasses et de remparts, il étage ses maisons hautes et ses placettes ornées de cèdres et de jolies fontaines, face au Petit Luberon. Bien qu’il soit, lui aussi, très peuplé et fréquenté en été, Bonnieux a su préserver son intimité et garde une authentique et attachante personnalité. C’est aussi le village le plus désorientant pour le visiteur puisqu’il s’enroule par trois fois autour de ses remparts dominés par le clocher de son église haute culminant à 429 mètres. Ses ruelles étant encore plus pentues et tortueuses qu’ailleurs, il est recommandé de ne pas chercher à explorer Bonnieux avec son véhicule, mais plutôt de stationner dans le bas du village et d’aller repérer à pied son curieux système urbain !

Lacoste, carrières et château

Faites l’effort de monter jusqu’à la terrasse de l’église haute de Bonnieux d’où l’on embrasse un magnifique panorama sur le Petit Luberon à gauche, la plaine d’Apt à droite, tandis qu’en face, à la même altitude, Lacoste semble nous défier avec son château austère où règne encore le souvenir du Marquis de Sade qui l’habitat durant sept ans. Il appartient aujourd’hui au couturier Pierre Cardin qui le restaure et y organise chaque été un festival de musique : www.festivaldelacoste.com.

Le Sud Luberon

Quelques kilomètres plus loin se profile Ménerbes, occupant le sommet d’une crête de 500 mètres de longueur sur moins de 50 mètres de large où trône son imposante citadelle médiévale. Quatre à cinq kilomètres encore et l’on découvre Oppède-le-Vieux, dont les ruines du château restent farouchement accrochées sur un promontoire du flanc nord du Petit Luberon, dans une atmosphère de bout du monde. L’ascension jusqu’à l’église puis aux ruines du château se fait à pied, encore une belle balade mais à effectuer de préférence tôt le matin ou en soirée en raison de la chaleur. Ne manquez pas non plus le village d’Oppède-le-Bas, à 300 mètres environ du parking qui, déserté de sa population au début du XXe siècle, reprend vie peu à peu depuis qu’il a été magnifiquement restauré.

Lourmarin, le village d'Albert Camus

De retour sur Bonnieux, il sera temps de rejoindre la D943 en direction de Lourmarin en franchissant la combe qui porte son nom, seul axe naturel nord-sud du massif qui sépare le Petit Luberon du Grand Luberon. Six kilomètres de gorges abruptes et austères creusées par l’Aiguebrin qui mènent en lacets successifs jusqu’aux flancs sud du Luberon. Au sortir de la combe, le paysage s’ouvre sur une petite plaine où le village de Lourmarin pointe ses clochers face à son château établi sur une petite butte un peu à l’écart. Bâti au XVe siècle pour surveiller la combe, ce château, remanié au XVIe siècle dans un style Renaissance remarquable, est surnommé la Villa Médicis provençale depuis qu’il accueille chaque année de jeunes musiciens et artistes selon la volonté de son dernier propriétaire-mécène qui le légua à l’académie d’Aix-en-Provence après l’avoir sauvé des ruines au début du XXe siècle. Rare village du Luberon construit en plaine, Lourmarin n’en a pas moins de charme et Henri Bosco, comme Albert Camus qui est enterré ici, appréciaient tout particulièrement le pittoresque de son environnement au milieu des vignes et vergers du Sud Luberon. Ses ruelles étroites sont bordées de belles maisons anciennes et ses placettes ombragées occupées par des terrasses de cafés où il suffit de s’installer et d’écouter parler les locaux pour s’imprégner de l’ambiance provençale. Ici, on est déjà un peu en Méditerranée.

Au Pays d’Aigues

Le Pays d’Aigues dispose sous le soleil ses terrasses de vergers et de vignes jusque dans la vaste plaine de la Durance. Mais avant de quitter cette région, quelques beaux villages, établis sur les flancs sud du Grand Luberon, méritent votre intérêt. Ainsi Vaugines et sa petite église (celle du film “Manon des Sources ” de Claude Berry) ou encore Cucuron avec sa place centrale occupée par un étang bordé de platanes centenaires et de cafés qui invitent les voyageurs à une halte rafraîchissante.

Ansouis, résidence de la famille de Sabran

Tout à côté, Ansouis sera notre dernière étape en Luberon. Quelle que soit la route par laquelle on arrive, on ne tarde pas à apercevoir, couronnant son village, le château mi-forteresse, mi-résidence, dressée face à la Durance et ancienne résidence de la famille de Sabran qui l’a habité pendant plus de sept siècles. Pour le visiter, prenez garde de stationner votre véhicule sur la place, à l’entrée du village, car au-delà les ruelles qui mènent au château sont étroites. Mais désormais, vous avez l’habitude !

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