Italie du Nord, la grande boucle

C’est décidé, nous allons faire ensemble une grande boucle et elle sera italienne. Des Cinque Terre, elle nous mènera au sud de Pise à la découverte d’une étonnante région : la Maremme, avant la remontée vers Pienza, Sienne, Florence, le delta du Pô et un retour vers des villes pleines de promesses et de charmes : Parme et Modène, pour enfin boucler ce périple par Milan et une dernière surprise de taille.

 

Texte et photos : Didier Houeix

Les Cinque Terre, joyaux accrochés à la montagne

 

Par la route, un voyage vers l’Italie peut s’avérer éprouvant. Passé la frontière à Menton, une succession de tunnels vous attend. Pour atteindre les Cinque Terre et Monterosso al Mare, première étape, il vous faut ruser : la ville est coupée en deux par un promontoire rocheux. À Chiesa Nuova, prenez impérativement à gauche. Arrivez, stationnez et profitez de la promenade de bord de mer. Le bleu de l’eau, les lauriers roses, les citronniers, les terrasses des cafés, tout ici respire une Italie joyeuse. De l’autre côté, un tunnel passe sous la corniche, la vie s’écoule tranquille malgré le Fango qui coule sous vos pieds. Aujourd’hui le flux artériel de cet animal sanguin semble maîtrisé, mais le 25 octobre 2011 sa fureur dévastait la ville. Pour comprendre les Cinque Terre, rien de tel qu’emprunter la malle du matin : une navette maritime qui vous emmène de Monterosso, à Portovenere. Du pont de votre bateau défilent les villages de Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore. Quatre joyaux accrochés à leur montagne. À l’arrivée, Portovenere : une petite ville de pêcheurs imprégnée de la présence du poète Lord Byron qui aimait nager jusqu’à "sa" grotte. Après une visite à l’église San Pietro, vous la verrez creusée dans la falaise sur laquelle vient se percher le château Doria. Un décor quasi fantastique. Et on se baladera dans les ruelles avant de passer le seuil de quelques bonnes tables. Au retour, rejoignez en bus la gare de La Spezia et prenez le train : il s’arrête dans les cinq villages.

Pise, place des miracles

 

Nous sommes à une heure de Pise dont nous retiendrons une chose : c’est une sacrée foire aux bibelots car le monde entier vient voir la tour qui penche, impressionnante ! Mais si le campanile de la cathédrale communément appelé “la tour” attise la curiosité, on visitera aussi les autres splendeurs de cette place des miracles, tel le baptistère Saint-Jean de Pise, cylindre de marbre parfait coiffé de son dôme à l’acoustique irréprochable. L’Italie est un spectacle. Une sorte de combinaison dramatique où chaque région serait la représentation d’un acte dans le grand déroulé de la vie.

La Maremme, un territoire à part

 

À 1h30 au sud de Pise, la Maremme prend des allures de Western avec ses "butteri" (cousins des gardians camarguais). Hier infectée par la malaria, aujourd’hui isolée derrière sa grande digue au beau milieu de ses champs de tomates, la Maremme est à part. Ici, loin des kilomètres de transat, les bois flottants sur la plage ont encore leur mot à dire. Transformés la plupart du temps en cabanes à Robinson, ils protègent les baigneurs de l’été, de sa chaleur étouffante et des escadrilles de moustiques. Mais revenons à nos cow-boys car ils en ont l’allure lorsqu’ils enfilent leurs grands manteaux graissés au mois de novembre ou de mars. Une allure comparable à celle des cavaliers des films de Leone. Certain que celui-ci s’en inspira ! Loin de l’agitation du monde, le "butteri" répète des gestes séculaires : dans la sellerie qui sent bon le cuir (demandez à la visiter), il s’empare d’une "bardella" (selle), de son chapeau de paille ou de feutre, de son manteau de lin et de son "uncino". Cette branche fourchue est le prolongement de sa main. Avec il ouvre les barrières sous la pluie qui cingle ses vêtements et guide le troupeau de maremmana, des vaches italiennes, le long des rives de l’Ombrone. Une escapade vous mènera si vous le souhaitez au petit port de Talamone devenu célèbre il y a peu : c’est de là que partaient les enquêteurs de police pour l’île de Giglio qui s’est enfin débarrassé de la triste épave du Costa Concordia.

Pitigliano, la petite Jérusalem

 

D’Alberese, la route qui passe par Pitigliano et mène au val d’Orcia est une voie de communication utile mais sans grand trafic. En un mot vous êtes peinard ! De la strada statale 74 Maremmana (plus connue des cartographes sous le nom de SS74), un virage en épingle à cheveux à proximité immédiate du Santuario della Madonna delle Grazie s’ouvre sur un surprenant panoramique : voici Pitigliano, vaisseau de briques et de tuiles défiant les lois de la gravité déposé sur son rocher de tuf au-dessus des gorges de la Lente. La cité, dont on devine les nécropoles étrusques creusées à flanc de falaise, fut un lieu exemplaire de coexistence pacifique entre juifs et chrétiens. Six siècles d’une page d’histoire sur le point d’être tournée : de quatre cents avant la Seconde Guerre mondiale, on ne compte plus qu’une malheureuse poignée d’habitants juifs vivant aujourd’hui dans celle que l’on nomma pendant six siècles "la petite Jérusalem". Un peu plus loin, le village de Saturnia connu pour ses eaux jaillissantes chaudes (37°C) et sulfurées dont les Toscans profitent à la Cascate del Mulino (la cascade du moulin). Le lait opale et turquoise de ces thermes naturels à ciel ouvert, camouflés dans les roseaux, reçoit toute l’année des baigneurs en peignoirs, bravant les frimas de l’hiver, venus goûter les bienfaits de cette eau miraculeuse.

La Bella Italia du val d’Orcia

 

Ensuite direction le val d’Orcia. Le val c’est la Bella Italia. Un tableau des maîtres de la Renaissance grandeur nature. Pour appréhender cette œuvre d’art confectionnée par l’homme et la nature, arrivez par la strada regionale 2 : Pitigliano, San Lorenzo Nuovo, Acquapendente. Suivez la SR2 et, à hauteur de Gallina, ne filez pas vers San Quirico d’Orcia (vous y reviendrez plus tard), mais prenez à droite : Pienza. La cité s’offre alors à vous plus belle que jamais, élevée sur son promontoire grâce à l’enfant du pays : Enea Silvio de Piccolomini qui deviendra le pape Pie II. Au départ du square de la place Dante Alighieri, dirigez-vous vers les remparts, une promenade tout en panoramique. Le matin elle domine le val pris au piège dans une brume épaisse nourrie par le suintement des eaux du fleuve Orcia. Un vol de colombes, le cri d’un coq faisan et le moteur d’un "ape" (petit triporteur à benne) s’éteignent dans les lointains. Dans le val, le contemplatif prend le temps de regarder tout cela. Il est happé par cet équilibre de collines dépouillées, couronnées de cyprès et au sommet desquelles des domaines, pour la plupart agricoles, et des fortifications médiévales semblent faire le guet. On y accède par de petites routes. L’une d’entre elles se trouve à Monticchiello. Elle défait ses épingles à cheveux vers le hameau de Capriola. Elle idéalise le panorama et vole la vedette aux autres cartes postales. Pourquoi ? Parce qu’elle résume à elle seule l’esthétisme du val. Terre qui ne serait rien sans ses chaussées de gravier blanc, les "strada bianca". Ce réseau d’anciennes "mulattiere" tisse un filet autour de Pienza dans lequel vous pouvez vous perdre. Plus haut, à Lucignano d’Asso, vous croiserez peut-être un troupeau de brebis gardé par de redoutables bergers des Abruzzes. Ces brebis sont à l’origine du pecorino, un fromage à pâte molle ou dure, frais ou parfumé au poivre ou à la truffe, que l’on déguste avec un vin toscan. Les vins du val d’Orcia, Montepulciano et Montalcino sont des merveilles de sens et d’enivrement.

Sienne, terre de Palio

 

Vous quitterez le val avec regret pour Sienne : une toute autre ambiance. Le tracé est simple : Pienza, San Quirico d’Orcia, Lucignano d’Arbia, Isola d’Arbia, Sienne et via Roma. Si vous arrivez avant 10h, vous pourrez vous garer juste devant la porta Roma. À pied, au fur et à mesure que l’on approche de la piazza del Campo, des vespas, piétons, livreurs, marchands, collégiens semblent tous converger vers un point. Et l’émoi est total lorsque la via Rinaldini s’ouvre sur le grand coquillage et la Torre del Mangia. Le voyageur est happé par cette vision surréaliste d’un monde vivant sur un plan incliné de briques rouges cerné de palais au pied desquels, deux fois l’été, se déroule le Palio, la célèbre course de chevaux dont le pallium, étendard d’étoffe précieuse, est l’enjeu. Lorsque la corde qui les retenait se baisse, les dix cavaliers emportent avec eux toute l’émotion des Siennois qui hurlent et prient. L’espace d’un tour le vainqueur devient leur Dieu. En route ensuite pour Florence, la voisine.

Sous Ponte Vecchio coule l'Arno

 

Pour mieux appréhender Florence, on se rendra sur la piazzale Michelangelo où l’on jouit d’un panorama unique sur la ville et le "duomo" de la cathédrale Santa Maria del Fiore. Ensuite direction la piazza della Signora et ses immenses statues tel David qui prend la pose, avant de s’enquérir de sa victoire contre Goliath, le philistin. Après un déjeuner au bookstore de Gucci, bon et pas si onéreux, descendez dans les sous-sols du palais Spini Feronide. Il abrite une étrange collection : sculptés, ajustés, voici les moulages en bois des pieds de Sophia Loren, Ava Gardner, Angelina Jolie ou Michael Jordan. Un son feutré, des voix qui chuchotent, on est loin du tintamarre qui règne en surface et sur le Ponte Vecchio. Pour s’y rendre, on emprunte le quai Corsini protégé par son parapet des inondations de l’Arno. Par quel miracle “le vieux pont”, cette construction soumise aux caprices de l’histoire, de l’Arno et des lustres de piétinement, n’at-il pas cédé sous le poids de son passé et de l’or de ses bijoutiers ? Pour l’immortaliser, rendez-vous sur le pont de la Sainte-Trinité.

Le delta du Pô, les beautés méconnues du fleuve

 

L’Arno, qui passe sous le célèbre Ponte Vecchio de Florence, n’a pas les ambitions de son grand frère le qui parcourt l’Italie d’ouest en est, de Turin à l’Adriatique. De Ferrara, au nord de Bologne, vous pouvez suivre ses berges par des routes singulières posées sur de hautes digues, des ponts, à travers la grande plaine jusqu’au delta de Crespino à Taglio di Po. Là se trouve "Ca Zen", une villa vénitienne du XVIIIe siècle que l’on aperçoit de la digue empruntée pour une promenade à bicyclette. L’histoire de cette demeure s’anime sous les frondaisons de vieux arbres, dans un parc habité de statues et de sa chapelle Sainte-Marguerite tournée vers le fleuve, comme toutes les églises de Polésine. Pour comprendre le delta du Pô, faites la balade sur l’embarcation d’Alberto Barini. Il vous contera son pays, le fleuve, sa faune et sa flore à sa manière : mains jointes, mains ouvertes, mains offertes, mains combatives… Alberto livre le secret de cette gestuelle italienne unique. Un ballet aérien de doigts et de paumes, en symbiose évidente avec la parole de cet homme éperdument respectueux de son territoire, décrivant avec ferveur les beautés méconnues du fleuve.

Modène et Parme, pleines de promesses et de charmes

 

À 2h30 du delta du Pô, voici Modène. Vous avez tous goûté du vinaigre balsamique ? Mais entre les produits vendus en France et ceux de la région de Modène, c’est le jour et la nuit ! Dans le village de Solignano di Castelvetro, Romano Boni vous accueille dans sa vinaigrerie. Il fait un nectar distingué et protégé d’une appellation d’origine. Son balsamique provient à 100% du moût de raisin. Aucun autre produit n’est ajouté. Le moût cuit, repose, fermente et ne sort des tonneaux que 12 à 25 ans après maturation. Imaginez le résultat ! Et de la séance de dégustation de l’"aceto balsamico", tel un sirop au goût extraordinaire, vous vous souviendrez toute votre vie. Parme est voisine de Modène. Parme, son fromage et surtout son charme. Une ville modeste où tout est réduit à l’essentiel pour ne pas déborder de m’as-tu vu. Rien ici ne viendra troubler vos déambulations dans le Parco Ducale et ses géométries à la française.

Milan la grandiose

 

Noir, le balsamique de Modène, rouge, celui des Ferrari de Maranello. Ainsi sont aussi les couleurs de Milan. Milan, un royaume de la rue, sans cesse déconcertant de surprises à dénicher dans les angles, sous des porches, où la mode vestimentaire et le look se sont appropriés le trottoir. Nous avons tous en mémoire les étoiles d’Hollywood Boulevard, ces mains d’acteurs figées dans le mortier de la postérité. Milan importa l’idée. Ainsi, à deux pas de la Scala, de la piazza del Duomo, de sa magnifique cathédrale toute en dentelle qui pointe ses flèches vers le ciel, et de la grandiose galerie de verre Victor Emmanuel, là, dans une ruelle couverte, au 21 Largo Corsia dei Servi, se trouvent les empreintes de Sophia Loren, Stallone, Kirk Douglas ou Roger Moore. Mais c’est à deux heures de Milan, dans la montagne, à Varallo Sesia, que des hommes du XVe siècle ont de leurs empreintes laissé l’un des plus extraordinaires témoignages du savoir-faire italien de l’époque : des statues d’argile, plus grande que nature, érigées pour la postérité dans un improbable sanctuaire. Le mont sacré de Varallo n’est ni plus ni moins que l’incroyable reconstitution des scènes de la vie du Christ en 3D, imaginée parce qu’il était réellement difficile à l’époque de se rendre à Jérusalem. Ici se termine cette merveilleuse escapade italienne. Buon viaggio !

Les bons plans de ClubCampings en Italie du Nord

 

Pour plus d’informations : office national italien de tourisme : 23 rue de la Paix 75002 Paris. www.italia.it.

 

À voir / À faire :

 

  • Les Cinque Terre par la mer 

Pour visiter les communes de Vernazza, Corniglia, Manarola et Riomaggiore des Cinque Terre, choisissez le bateau. Vous pourrez admirer de la mer ces très beaux villages. Prenez vos tickets d’embarquement au départ de Monterosso, un aller simple direction Portovenere. Retour par le train de La Spezia.

 

  • Une visite guidée de la Maremme

Vous pouvez vous adresser à la Maison du parc à Alberese ou à l’accueil de l’Azienda Regionale Agricola di Alberese : www.alberese.com.

 

  • Visite du Museo Salvatore Ferragamo à Florence

Musée Ferragamo, le chausseur des stars : Palazzo Spini Feroni, piazza Santa Trinita. Tél. 0553562846. www.ferragamo.com.

 

  • Excursion dans le delta du Pô

Pour trouver votre guide : Alberto Barini, il vous faut trouver le pont barque. Détenteur d’un GPS, programmez "17 via Po Di Gnocca. Porto Tolle". La cabane d’Alberto se trouve sur l’autre rive. Tél. +3389730072.

 

  • La vinaigrerie Boni

Un grand parking, une superbe collection de flacons et d’ustensiles anciens pour fabriquer le balsamique et une fabuleuse réserve en tonneaux, le tout agrémenté des commentaires de Romano et d’une dégustation : 8, via del Cristo 41014 Solignano di Castelvetro. Tél. 059797560. www.acetaiaboni.com.

 

  • Un tour en Ferrari à Maranello

Au volant d’une California ou d’une 430 Spider, vous allez vivre des sensations fortes avant ou après avoir visiter le musée. Motorsport Maranello : 13, Strada Nazionale 41053 Maranello. Tél. 0536941779. www.motorsportitalia.it.

 

  • La maison de Pavarotti

À Modène, transformée en musée, c'est la maison où il a vécu et où il est mort en septembre 2007. Alors vous sentirez à quel point il est encore présent dans cette maison ! Casa Museo Luciano Pavarotti : 6, Stradello Nava 41126 Modena. Tél. 059460778. www.casamuseolucianopavarotti.it.

 

  • Varallo

Pour accéder au mont sacré, prenez le téléphérique : c’est plus exotique et en prime vous pouvez admirer toute la vallée du Sesia.

 

Les bonnes tables de ClubCampings en Italie du Nord

 

Osteria Baracco à Portovenere

Un petit restaurant qui ne paie pas de mine mais dont la cuisine saine et abordable vous ravira. 24, via Capellini. Tél. 0187791695.

 

Il Mangiapane à Alberese

Parle le français, facile pour se garer. 9, via Cerretale. Tél. 0564407263.

 

Gucci Caffè & Restaurant à Florence

Lors de votre visite dans le centre historique, n’hésitez pas et passez le seuil du restaurant Gucci qui propose une cuisine excellente à des prix abordables. 10, piazza della Signoria. Tél. 05575923827. www.guccimuseo.com.

 

Osteria La Porta à Monticchiello di Pienza

Allez-y les yeux fermés mais surtout réservez, une soirée mémorable vous sera concoctée par Daria. Via del Piano. Tél. 0578 755163. www.osterialaporta.it.

 

Ristorante Da Pasticcino à Modène - Castelnuovo Rangone

Luigi Montanini est un “monsieur”, il élaborait les plats des grands champions automobiles de la Scuderia : Schumacher, Prost, Senna… Divin ! 32, via Paletti à Castelnuovo Rangone. Tél. 059535404. www.ristorantedapasticcino.com.

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