L’Allier et le Bourbonnais, le doux pays des Ducs

Dans cette Auvergne sans volcans, une myriade de petits châteaux ponctue une contrée historique à laquelle un fleuve donna plus tard son nom. Éponymie restrictive pour un pays de bocage et de vallons, de bon vin et d’eau pure. Un pays ne manquant pas de piquant.

 

Texte : Philippe Delépine

À chaque duc son château

 

Fruit de l’étrange union de l’histoire, de la géographie et d’un découpage administratif, la région Auvergne englobe un département que l’on ne s’attendait pas forcément à y rencontrer. Penser que l’Allier - puisqu’il s’agit de lui - s’apparente plus au Centre qu’à l’Auvergne n’est pas faire injure aux Auvergnats, quand bien même des traces de présence arverne y furent décelées : elles étaient sporadiques et dataient d’avant l’an mil. Pas de quoi confirmer un ancrage originaire. Géométriquement et géographiquement parlant, ce département pourrait être du Centre, tant il flirte avec lui comme le révèle la moindre carte de France. Au centre de l’histoire, celle qui s’écrit avec un “H” majuscule, il l’est en revanche sans aucun doute. La longue dynastie de feu les ducs de Bourbons et leurs huit descendants royaux ne nous contredira pas, elle qui donna son nom à ce Bourbonnais dont le département de l’Allier épouse sensiblement les contours. Déroulons le fil des vestiges de l’histoire. À tout seigneur tout honneur et à chaque duc son château. La forteresse de Bourbon-l’Archambault, berceau de cette dynastie, dresse ses ruines imposantes au-dessus d’une petite cité jouant à saute-mouton sur les buttes qu’elle recouvre. Des quinze tours que comportait ce fort médiéval, seules trois subsistent, laissant deviner l’importance de cet édifice au pied duquel chaque été un son et lumière évoque le glorieux passé. À leur sommet, le regard porte loin sur la campagne bourbonnaise et surplombe les toits de ce berceau des Bourbons, révélant l’empreinte des rues mais ne laissant rien deviner de ce qui fait, depuis les temps les plus reculés, la renommée de la cité. Remontant à la source de cette renommée, on croise des Romains qui, déjà, appréciaient les bienfaits d’une eau chlorurée, bicarbonatée et bromo-iodurée titrant 55° Celsius et jaillissant du sous-sol en produisant des émanations riches en hélium, néon et krypton. Éclairés par les bienfaits de ce cocktail myorelaxant, sédatif et anti-inflammatoire, les rhumatisants chroniques fréquentant l’établissement thermal, au décor de faïence classé Monument Historique, apprécient ces cures soulageant à la fois les douleurs et les finances dans des proportions incontestablement favorables au confort articulaire.

Souvigny, capitale religieuse des Bourbons

 

Du pouvoir ducal au pouvoir religieux, il n’y a qu’un pas, plus précisément quinze petits kilomètres, soit la distance reliant, par les routes d’un plaisant bocage, Bourbon-l’Archambault à Souvigny, dont les Bourbons firent leur capitale religieuse et leur nécropole dynastique. Dans cette petite bourgade, des travaux de rénovation et de valorisation intelligemment conduits ont mis en valeur toute la splendeur de l’église prieurale, plus grande réalisation d’architecture romane du Bourbonnais. Depuis la nef, la perspective donne la mesure de la taille imposante et des proportions équilibrées de l’ensemble. Des chapiteaux de ses colonnes aux gisants de la chapelle neuve en passant par son orgue, le regard ne cesse d’être sollicité. N’en oubliez pas pour autant les vestiges du cloître et les granges abritant le musée. C’est dans l’une d’elles que vous contemplerez la colonne du Zodiaque, pilier octogonal dans la pierre duquel furent sculptées des représentations des travaux des champs, des signes du zodiaque et un bestiaire fabuleux. Moyen-Âge oblige. C’est d’ailleurs pour se replonger dans cette période de son histoire que la cité reconstitue chaque été, plusieurs jours durant, une grande foire médiévale. Troubadours, saltimbanques, banquet, ripailles, animations de rue, spectacles animaliers et de feu font durant ces journées revivre un Moyen-Âge exclusivement festif et joyeux.

Moulins, préfecture de l’Allier et capitale du Bourbonnais

 

En revanche, du passé portuaire de Moulins, il ne reste rien. Pas plus d’ailleurs que des moulins, auxquels la ville doit le pluriel de son nom, moulins qui jalonnaient les rives de la rivière Allier au débit aussi instable que celui de la Loire et dont les crues détruisirent jadis une dizaine de ponts. Mais il faut croire que cette impétuosité des flots ne compta pas dans le choix des ducs de Bourbon qui, délaissant leur forteresse de Bourbon-l’Archambault, y firent édifier un château, éloigné il est vrai des berges. Ils firent alors de Moulins la capitale de leur florissant et puissant duché. De ce passé glorieux et d’un autre plus récent, la ville a conservé nombre de monuments faisant le charme d’une flânerie dans les rues de son centre historique. Dans un périmètre réduit se côtoie l’essentiel de ce qui méritera votre visite : le beffroi, le Pavillon d’Anne de Beaujeu, le donjon de La Mal Coiffée et la cathédrale Notre-Dame avec ses remarquables vitraux et l’admirable Triptyque du Maître de Moulins, une peinture sur bois d’un artiste inconnu de la toute fin du XIVe siècle. Les férus d’art et d’histoire poursuivront la découverte de la ville par une visite des différents musées. Mais si vous n’aviez de temps que pour un seul d’entre eux, consacrez-le sans hésiter à la Maison Mantin. Cette belle et grande demeure témoigne, respectant en cela les vœux de son propriétaire, de l’art de vivre d’un riche bourgeois du XIXe siècle. L’étonnante demeure de ce rentier érudit et amateur d’art recèle quantité d’objets dont la rareté et l’éclectisme le disputent à l’insolite et l’exotisme. Après cette visite et pour conclure de manière rafraîchissante avec ce XIXe siècle finissant, une étape s’impose dans la salle du « Grand Café », place de l’Allier. Verrière, staffs et plafonds peints s’y affichent en rococo pur style, le tout dans un jeu de miroir se répétant à l’infini. À détailler face à une bière puisque c’est le dieu de celle-ci qu’illustre la fresque du décor. Rendez-vous ensuite dans le Quartier Villars, l’ancien quartier de cavalerie de la fin du XVIIIe siècle classé aujourd’hui monument historique. Vous y trouverez le Centre National du Costume de Scène qui abrite une collection à nulle autre pareille : 9000 costumes de théâtre, d’opéra et de ballet provenant, entre autres, de l’Opéra de Paris et de la Comédie Française, ainsi que de différentes grandes compagnies. Tous ces costumes et leurs accessoires sont admirablement servis par une scénographie théâtralisée révélant les multiples facettes de cet art du costume de scène où la robe de reine antique côtoie le costume fantastique ou la tenue animale. Ils furent portés par des grands noms de l’opéra, du théâtre et de la danse et par les membres de troupes dont la postérité a oublié les noms. Ils furent créés par les grands noms de la haute couture et d’autres couturiers moins célèbres mais non moins talentueux. Les plus anciens datent des années 1850, les plus récents étaient encore portés, il y a peu. Tous ne sont pas montrés, mais des pièces de cette collection unique au monde sont présentées dans le cadre d’expositions thématiques temporaires renouvelées deux fois l’an. Toujours passionnantes, tant est riche le fond. À voir absolument !

Les moutardes de Charroux

 

À 50 km de là, le petit village de Charroux, classé parmi les "plus beaux villages de France", semble sommeiller dans le silence de pierre de ses portes fortifiées. Il règne le long de ses rues pavées bordées de façades aux murs épais et dans le petit écrin de sa Cour des Dames, une douceur ne traduisant en rien l’agitation du passé dont témoignent encore des plaques au nom évocateur : rue de la Poulaillerie, de la Corderie, des Tanneurs... passé actif et commerçant illustré dans le petit Musée auquel une visite s’impose. Si vous trouvez malgré tout que l’histoire de Charroux manque un peu de piquant, poussez alors la porte de Simone Maenner, elle vous fera goûter ses “Moutardes de Charroux” dont elle perpétue la fabrication artisanale et traditionnelle en broyant les graines de sénevé entre des meules de pierre. Ses moutardes figurent en bonne place dans les cuisines de chefs étoilés et procurent à cette cité une renommée internationale.

Les vins de Saint-Pourçain

 

Dans un de ses aphorismes les plus célèbres, Pierre Dac affirmait préférer à l’au-delà, le vin d’ici ! En Bourbonnais, on peut consommer les deux, sans crainte d’être brutalement et définitivement privé de l’apaisement de la soif qu’apporte la première et du plaisir procuré par la dégustation du second. Aimer l’eau de là - celle de Vichy - n’implique pas que l’on s’interdise le vin d’ici, celui de Saint-Pourçain. Heureux pays qui sait si bien faire cohabiter une boisson jaillissant des tréfonds de son sous-sol avec une autre résultant de l’antique savoir-faire des hommes. Pour le vin, cap sur Saint-Pourçain-sur-Sioule : cette cité au cœur du Bourbonnais abrite dans une demeure gothique un très intéressant Musée de la Vigne et du Terroir, dont les collections débordent bien au-delà du seul travail de la vigne. Les vins de Saint-Pourçain se sont parés du sigle de l’Appellation d’Origine Contrôlée en 2009, juste reconnaissance de la mutation qualitative de ce vieux vignoble. Si en quantité produite le vin rouge domine, le vignoble demeure fidèle au tressallier, un cépage blanc que l’on ne rencontre qu’ici et qui, associé au chardonnay et au sauvignon, procure une grande originalité aromatique. En rouge, le cépage gamay, convoqué seul ou associé au pinot noir, porte la typicité de l’appellation. Défenseur et acteur du renouveau de ce vignoble, le Domaine Gardien élabore à Besson, dans les trois couleurs, un éventail de belles cuvées. Des vins fruités et équilibrés reflétant la rencontre entre des cépages et un terroir tout autant que l’exigence de qualité des deux frères faisant vivre ce beau domaine.

Vichy-Célestins, l'éclat du teint

 

Et pour l’eau, ou pour les eaux plus exactement, cap sur Vichy. Vichy, un musée d’architecture à ciel ouvert où, de celui de l’Empire à celui des années trente, de nombreux styles se côtoient et où les influences se lisent sur des façades d’inspiration néo-gothique, vénitienne, anglaise et orientale. Pour en découvrir la richesse et la variété, une visite guidée, ou tout au moins l’achat d’une brochure rassemblant itinéraires et explications, pourra s’avérer utile. Ce qui n’interdit en rien les errances dans le quartier historique de cette ville dont la renommée souffre encore un peu de l’histoire récente. Un poids pour Vichy qui aimerait que ses habitants d’alors ne soient pas assimilés aux choix du gouvernement de triste mémoire qui s’installa ici à l’unique raison de l’importance et de la qualité du parc hôtelier et de la modernité du système de télécommunications ! Un équipement et une infrastructure nécessaires aux riches colons et aux têtes couronnées de tous poils venant régulièrement et assidûment séjourner à Vichy. Venant d’Europe, d’Afrique et d’Asie et autant pour les vertus d’un thermalisme renommé que pour s’y distraire dans les mondanités. Aujourd’hui, les coloniaux sont une espèce quasiment disparue, les rois se font rares, et l’unique empereur vivant encore ne sort plus de chez lui. Pour autant le souvenir de leurs congénères passés plane encore sous les allées couvertes, sur la terrasse du grand casino, dans les palaces reconvertis en résidences et dans le quartier thermal où, face au grand dôme, vous pourriez un court instant, en levant les yeux, vous croire à Ispahan sans incriminer un effet lié à l’abus d’alcool. Un comble pour une ville d’eau !

Lapalisse sans bouchons

 

Loin de cet exotisme transplanté, Lapalisse vit au pied de son majestueux château surplombant la poissonneuse rivière Besbre. Un château longtemps point de mire sur la route des vacances d’un passé pas si éloigné que cela puisque ce n’est qu’en 2006 que la mythique RN7 fut déviée, écartant de cette cité, au carrefour de grands axes routiers, les trois mille camions et le double de voitures qui, les jours de grande affluence, polluaient la ville et la vie. Un trafic dont les trépidations mirent à mal les murs de la chapelle du château où jadis vécut Jacques II de Chabannes, maréchal de La Palice. Le La Palice de la chanson, dont une des strophes, mal recopiée, transforma un "ferait encore envie" en un "serait encore en vie". Il n’en fallait pas plus pour que naisse une légende. Néanmoins ce n’est pas ce maréchal, mort à la conquête de Pavie en 1425, que la ville honore les années paires, mais bien la RN7 en reconstituant un embouteillage festif auquel participent plusieurs centaines de collectionneurs de voitures des années 50 et 60, plus rutilantes les unes que les autres ! Pas d’embouteillage en revanche dans les allées du Musée de l’Art en Marche. Y sont exposées plus de trois cents œuvres d’une centaine d’artistes, un joyeux mélange d’art brut, d’art contemporain et d’art populaire, un cocktail d’humour créatif et décapant. À voir, avant de suivre le cours de la Besbre jusqu’à Dompierre, histoire d’offrir aux enfants leur part de distraction et de sensation au Pal, à la fois parc d’attractions et parc animalier qu’ils préféreront, à n’en pas douter, aux petits châteaux enluminant le parcours.

Informations pratiques de ClubCampings dans l’Allier :

 

Pour plus de renseignements :

‐ Comité départemental du tourisme de l'Allier : 6, rue Jean Vidal 03400 Yzeure. Tél. 0470468150. www.allier-auvergne-tourisme.com

‐ Office de tourisme de Moulins et sa région : 11, rue François Péron 03000 Moulins. Tél. 0470441414. www.moulins-tourisme.com

‐ Office de tourisme de Vichy : 5, rue du Casino. Tél. 0470987194. www.vichy-tourisme.com

‐ Office de tourisme du Pays de Lapalisse : 9, place Charles Bécaud 03120 Lapalisse. Tél. 0470990839. www.lapalisse-tourisme.com

‐ Office de tourisme de Bourbon-l’Archambault : Maison de Pays 1, place de l'Hôtel-de-Ville. Tél. 0470670979. www.ot-bourbon.com

Office de tourisme en Pays Saint Pourcinois : 29, rue Marcellin Berthelot 03500 Saint-Pourçain-sur-Sioule. Tél. 0470453273. www.payssaintpourcinois.com

 

Pour vos visites :

Forteresse de Bourbon : rue de la Sainte Chapelle 03160 Bourbon-l'Archambault. Tél. 0470670230.

Thermes de Bourbon-l’Archambault : place des Thermes. Tél. 0470670788. www.auvergne-thermale.com

Église prieurale de Souvigny : place Aristide Briand 03210 Souvigny. Tél. 0470439975. www.ville-souvigny.com

Foire médiévale de Souvigny : Association Souvigny Grand Site : 2, route de Montmarault 03210 Souvigny. Tél. 0470436210. www.souvigny.com

‐ Musée Anne de Beaujeu et Maison Mantin : place du colonel Laussedat 03000 Moulins. Tél. 0470204847. www.mab.allier.fr

CNCS, Centre National du Costume de Scène : quartier Villars, route de Montilly 03000 Moulins. Tél. 0470207620. www.cncs.fr

Musée de la Vigne et du Terroir : cour des Bénédictins 03500 Saint-Pourçain-sur-Sioule. Tél. 0470456207. www.museedelavigne.fr

‐ Domaine Gardien : Chassignolles 03210 Besson. Tél. 0470428011. www.domainegardien.fr

Musée de Charroux et de son canton : 5, rue de la Poulaillerie 03140 Charroux. Tél. 0470568771. www.musee-charroux.net

‐ Thermes des Dômes : 132, boulevard des États-Unis 03200 Vichy. Tél. 0470973959. www.vichy-thermes-domes-hotel.fr

Embouteillage des années 50-60 sur la N7 : 03120 Lapalisse. Tél. 0470997629. embouteillagen7lapalisse.blogspot.fr

L’Art En Marche : 9, avenue du 8 Mai 1945 03120 Lapalisse. Tél : 0616285092. art-en-marche.fr

Le Pal, parc d'attractions et parc animalier : Saint-Pourçain-sur-Besbre 03290 Dompierre-sur-Besbre. Tél. 0470426810. www.lepal.com

 

Bonnes tables :

‐ Grand Hôtel Montespan Talleyrand : 2-4, place des Thermes 03160 Bourbon-l’Archambault. Tél. 0470670024. www.hotel-montespan.com

‐ Le Chêne Vert : 35 boulevard Ledru-Rollin 03500 Saint-Pourçain-sur-Sioule. Tél. 0470477700. www.hotelchenevert.fr

‐ L'Escargot qui Tette : 82-84, rue de Paris 03200 Vichy. Tél. : 04 70 30 16 30. www.hotel-chambord-vichy.com

‐ Hôtel Restaurant Galland : 20, place de la république 03120 Lapalisse. Tél. 0470990721. hotelgalland.fr. Un restaurant comme nous les aimons : fraîcheur des produits, précision des cuissons et composition avec les textures pour une cuisine tout en finesse servant la vérité des produits. À la carte, comme aux menus, terre et mer se côtoient sans délaisser les produits régionaux.

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